La crise financière a gelé la construction de 124 gratte-ciel dans le monde (1).
Les arrêts touchent tous les continents : 84 chantiers stoppés en Asie et 21 aux Etats-Unis. L’Europe est moins affectée avec 7 interruptions, comme l’Australie avec 4 arrêts et 6 pour le Canada, le Mexique et l’Amérique Centrale.
Les raisons sont multiples : difficulté à obtenir des crédits, faillite des entreprises, défection des locataires pressentis.
Quel spectacle saisissant qu’une tour à moitié construite, pointant vers le ciel et frappée par tous les vents.
Et si demain, la crise économique empirait, les chantiers auront-ils des chances de repartir ?
Et si les projets redémarrent, sachant que les délais sont de plusieurs années, seront-ils terminés à temps, avant que la recrudescence du prix du baril frappe à nouveau ?
Un certain nombre de ces bâtiments ne seront peut-être jamais terminés, ou bien dans un avenir très lointain.
La Jakarta Tower, un bâtiment de 558 m dans la capitale indonésienne, en est un vivant exemple. Le projet avait été arrêté suite à la crise économique asiatique de 1997 et vient – tout à fait paradoxalement – de repartir. Il devrait être terminé en 2012 pour s’élever au centre du quartier d’affaires et d’habitation Kemayoran.
Mais pour une tour qui redémarre, combien sont ensablées dans les affres de la débâcle financière ?
Ce serait la grandiose et terrible épitaphe d’un monde révolu.
Les films catastrophe avaient tout imaginé, sauf cela. Et comme le pire n’est jamais certain, la probabilité que le scénario d’un assèchement durable, si ce n’est interminable, se réalise n’est pas nulle.
A Moscou, c’est la tour Russia Land de 612 m conçue par Norman Foster, qui a été stoppée après un an de chantier, laissant un trou béant au cœur de la ville.
A Chicago, c’est la « Chicago Spire » de 610 m, la future plus haute tour d’Amérique, conçue par Santiago Calatrava, qui s’est arrêtée au niveau des fondations.
Il n’aura échappé à personne que l’écart entre les deux tours est de seulement 2 m, et qu’il y a gros à parier que la Russia Land a été conçue après…
Car ce type de construction est évidemment un symbole de puissance et de défi.
En lieu et place de la magnificence de notre civilisation, celle qui a vu naître le cheval-vapeur du XVIII° S, et les réseaux sociaux du XXI°, nous n’aurons peut-être que des vestiges désolés, comme autant de fantômes de béton.
Sources :
(1) Emporis
forum-chantiers
Agence d’urbanisme pour le développement
de l’agglomération lyonnaise.
