On pourra toujours tempêter, vociférer à corps et à cris, batailler à hue et à dia, convoquer d’urgence un cabinet de crise, appeler de ses voeux une réunion des partenaires sociaux afin de calmer le jeu, voir en sous-main certains hauts responsables industriels pour tenter de dégager des solutions, avoir des entrevues de couloir menées à voix basse sous les ors de la République afin d’essayer de rectifier telle ou telle orientation, créer le énième livre blanc sur la transition énergétique, voir se dérouler des G20, des G30, des G50, des G177 (avec le regret de déplorer un certain nombre d’absents qui n’auront pas pu se payer le billet pour venir) et se demander à quoi cela sert, passer des nuits blanches à tirer des plans sur la comète, invoquer l’union sacrée de tous les partis devant le péril annoncé, prier tous les saints du paradis, redessiner des territoires, changer le thermomètre pour baisser la température, modifier les règles de calcul des statistiques, gagner du temps et jouer au poker menteur avant la prochaine échéance électorale, expédier manu militari un haut fonctionnaire le lendemain d’une nuit d’émeutes pour “régler le problème”, pourquoi pas prononcer une allocution solennelle à la télévision, se rappeler que quelqu’un avait dit un jour : « la réforme oui, la chienlit non », souhaiter que tout le monde répète en cœur « plus jamais cela », nommer une commission, lâcher du lest face aux exodes urbains qui se font dans une totale cacophonie, lâcher la bride aux mêmes migrants qui improvisent des installations sauvages en créant de petites communautés dans des lieux désertés à la campagne, faire face tant bien que mal aux bandes qui se réorganisent aussi vite qu’elles se sont désagrégées.
Mais rien de tout cela ne servira à rien, dans le sens où les choses s’accompliront quand même : la contraction inexorable des activités, la relocalisation du commerce, le lent affaiblissement de la mobilité, la réduction année après année des besoins, parce-que le pétrole bon marché nous aura tourné le dos, et qu’on y pourra rien.
Une petite histoire de la crise pétrolière
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