Le landernau politique semble agité d’un étrange dilemme entre la croissance et la décroissance. Certains pensent que la décroissance est indispensable, d’autres s’accrochent à l’idée de croissance verte.
Les uns, c’est pour sauver la planète, les autres pour garder une certaine dynamique économique.
Mais tous vont dans le mur, dans la mesure où en aucun cas, il ne s’agit d’un libre choix de société.
Car la décroissance, au minimum sélective, on y va tout droit du fait de la crise pétrolière prochaine et nous n’y pourrons rien.
Alors bien sûr derrière le mot de décroissance, il y a le mot honni de récession. Et derrière le mot de récession, il y a celui de dépression dès lors que la récession s’invite durablement dans notre monde.
En fait le vrai problème est le timing, on a juste vingt ou trente ans de retard dans l’anticipation des évènements à venir.
Le seul pays qui a su anticiper la transition énergétique est le Danemark, avec à l’époque un gouvernement volontariste qui a su mettre en place dès 1976 une série de mesures assurant notamment le développement de l’énergie éolienne.
Le pays sera donc moins exposé que le reste du monde au choc pétrolier, mais il sera touché quand même, du fait de la globalisation des échanges, de l’interdépendance économique, et du manque criant de solution de rechange à l’échelle du monde envers la pétrochimie.
Aujourd’hui, c’est trop tard et il faut l’accepter. La décroissance forcée, c’est le prix à payer de l’impréparation du pic pétrolier.
Et si on pouvait avoir une décroissance verte, ce serait déjà très bien.
Une décroissance verte signifiant une moindre activité économique mondiale émettant moins de CO2.
Le problème étant qu’une moindre utilisation du pétrole entrainera un certain nombre d’effets que l’on peut qualifier de pervers : la recrudescence de l’emploi du charbon dont on sait qu’il pollue deux fois plus que le pétrole, à travers l’utilisation de centrales électriques ou du procédé Fischer-Tropsch consistant à liquéfier le charbon pour en faire un combustible liquide, brûler les forêts tropicales afin de les convertir en plantation destinés au biocarburant.
Il faudrait donc que le solde net des mauvaises pratiques, associées à la moindre émission de CO2 du fait de la décroissance soit à la baisse. C’est loin d’être gagné, et l’avenir le dira.
On se demande parfois si ce n’est pas Faust qui a écrit le scénario du pic pétrolier et du réchauffement climatique.
Ce seront des statistiques de niveau mondial qui s’élaboreront au fil des ans, et qui seront bien loin de résoudre les problèmes quotidiens, pour peu qu’on trouve encore quelque intérêt à la santé de la planète, coincé dans la résolution des problèmes au jour le jour : se chauffer, avoir un revenu, avoir un travail, s’occuper correctement de ses enfants et tutti quanti, si ce n’est échapper aux troubles sociaux de gravité variable.
La décroissance est laissé à l’initiative de la terre, de par la finitude annoncée de ses ressources, et non par le bon vouloir de tel ou tel groupement, parti politique, organisation diverse, pour peu que tout le monde arrive à se mettre d’accord.
Tous les débats, les réunions, les confrontations d’idées, les partisans de telle ou telle orientation, écologique ou non, sont donc vains, ne servent à rien, occasionnent certainement une grande dépense d’énergie (est-ce bien raisonnable ?), pour au fond faire un grand tour inutile.
Ce ne sont plus les décideurs qui ont le pouvoir, ce ne sont plus les hommes et les femmes, ce ne sont plus les prédateurs patentés, les rois du marketing politique, les gens de gauche ou ceux de droite, les conservateurs, les progressistes, ceux qui sont syndiqués et ceux qui s’en foutent, ceux qui votent pour faire leur devoir et ceux qui préfèrent aller à la pêche les jours de consultation électorale parce qu’il fait beau.
C’est la planète qui a la main désormais. Ou plutôt qui l’avait depuis le début et qui nous a laissé croire pour un temps que nous étions les maitres du monde.
Ce qui est néanmoins assez triste, est que ceux qui sont pour la décroissance ne sont pas les plus à l’aise financièrement, et qu’ils en seront les premières victimes.
