Trois événements majeurs caractérisent ce début d’année :
Les déclarations de Fatih Birol, l’économiste en chef de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE).
L’entrée en fonction de Barack Obama le 20 janvier.
L’ouverture officielle le 26 janvier de l’Agence Internationale des Energies Renouvelables (IRENA).
Un pic pétrolier en 2020 selon l’ AIE, avec un déclin ensuite de la production de 6,7% par an.
Au cours d’une interview de George Monbiot dans le Guardian du 15 décembre, Fatih Birol donne une date précise concernant le pic de production de pétrole : 2020.
C’est la toute première fois qu’une institution comme l’AIE prend officiellement position sur le pic pétrolier (plafond historique de production) sans le citer nommément.
Il est d’ailleurs assez significatif de constater que, au sein de l’agence, ce ne soit pas un scientifique ou un collège d’experts ad hoc qui se détermine, et qui serait par définition plus à même de prendre position sur un tel sujet.
En outre, il est prévu un taux de déclin de 6,7 % par an, dans le World Energy Outlook 2008, le rapport annuel de l’agence.
Ce taux n’avait été estimé qu’ à 3,7 %, un an plus tôt.
Il serait intéressant de connaitre l’ influence éventuelle de la récupération assistée, méthode qui consiste à injecter de l’eau de mer ou du gaz, afin d’améliorer le rendement d’un champ qui commence à décliner.
L’ inconvénient majeur de ce type de technique étant qu’elle accélère ensuite le déclin du gisement.
La chute est donc abyssale et plus sévère même que ce que prévoyait l’ ASPO (l’association pour l’étude des pics de production de pétrole et de gaz naturel).
Nous sommes néanmoins dans l’attente du dernier rapport semestriel de l’association.
Car la date exacte du pic n’est pas tant le problème, pour ceux qui sont au fait de la situation, que du taux du déclin.
Un plafonnement de la production pose déjà un problème, mais la perspective d’une chute estimée de 6,7% par an assure une explosion du prix du baril.
Si ce n’est pas un effondrement de la production, cela y ressemble furieusement.
De même que ce n’est pas tant la date précise du pic qui compte, ce n’est pas seulement le manque physique qui pose problème. C’est la vertigineuse augmentation du prix qui fera que d’un produit de base, le pétrole deviendra un produit de luxe, et c’est bien évidemment cela qui va tout changer.
Les seuls qui auront du pétrole étant ceux qui pourront se l’offrir.
Si l’on a conscience du problème, il faut aussi rester objectif et tenir compte :
- de l’important potentiel d’ économies d’ énergies (1).
- des nouvelles ressources générées par les énergies alternatives : renouvelables et nucléaire.
Ceci afin d’examiner véritablement les déficits résiduels de production et de consommation.
Maintenant, nous avons une fourchette d’évaluation, entre l’estimation à minima d’un Kenneth Deffeyes qui datait le pic en 2005, et celle de l’ AIE qui le voit désormais en 2020.
Il aura donc fallu 8 ans après la création de l’ASPO en 2000, pour que l’ AIE reconnaisse le problème.
Barack Obama et l’énergie verte.
Après huit années d’enlisement géopolitique, de fausses solutions (l’Irak), de déni environnemental, et de reculades généralisées sur à peu près tous les grands sujets énergétiques et écologiques, le socle du programme du nouveau président, consiste à faire un effort, sinon historique, du moins massif, en faveur des énergies alternatives au pétrole. Le coût d’une telle transformation serait de 150 milliards de dollars. L’électricité consommée aux Etats-Unis d’origine renouvelable devrait être de 10 % en 2012, et de 25 % en 2025. Le chiffrage global – à aujourd’hui – du « plan de relance et de réinvestissement » ainsi désigné, étant de près de 775 milliards (3).
On peut malgré tout, déjà mesurer l’écart entre les projections présidentielles, effectuées certes avec la meilleure volonté, et les toutes récentes prévisions de l’AIE citées plus haut.
Selon Al Gore, un des conseillers du président en matière d’environnement, les mesures à prendre pour sortir de la crise sont les mêmes que celles qui consistent à lutter contre le réchauffement climatique, et assurer la transition énergétique.
Mais quant à sortir de la crise, rien n’est moins sûr, mieux la gérer ne serait déjà pas si mal.
Car après la crise financière en 2008, la crise économique et sociale en 2009, une gaillarde remontée du prix du baril achèverait de nous casser les reins.
Sir Nicolas Stern, auteur du fameux rapport publié en 2006, sur les conséquences économiques du changement climatique, pense quant à lui : “qu’une rupture avec le mode de production actuel amorcerait, comme ce fut le cas avec l’apparition des voies ferrés ou de l’électricité, une longue phase de croissance” (2).
La création de l’ IRENA.
Le leadership environnemental ayant été laissé vacant par une administration Bush à l’immobilisme éhonté, la tête de pont européenne en matière d’énergie verte, à savoir l’Allemagne, a créé l’Agence Internationale des Energies Renouvelables (IRENA). Elle a aussitôt été rejointe par le Danemark et l’ Espagne. Ce pendant de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) verra officiellement le jour le 26 janvier, lors de la conférence fondatrice de l’institution.
L’ IRENA se donne pour vocation de créer une synergie entre tous les états intéressés par l’exploitation d’ énergies renouvelables afin de lever les obstacles qui freinent le développement de ce type d’énergies. Que ce soit par des distorsions sur les marchés causées par des gouvernements désireux de subventionner les énergies conventionnelles, des structures politiques inefficaces, ou des connaissances techniques insuffisantes.
On assiste effectivement à une floraison d’initiatives généreuses sur beaucoup de sujets, mais qui mériteraient un meilleur encadrement pour être plus efficaces à terme.
D’ autant que le potentiel des énergies renouvelables est considérable en comparaison de la consommation globale d’ énergie primaire.
En 2006, les énergies renouvelables représentaient 18 % de la consommation totale en énergie (4). Ce chiffre comprend toutes les sources d’énergies, y compris la biomasse traditionnelle ou les grandes installations hydroélectriques. La réelle contribution des nouvelles sources renouvelables reste marginale : seulement 2, 4 %, alors que la biomasse, elle, représentait 13 % de la consommation totale d’énergie en 2006.
Et l’augmentation de la consommation mondiale d’énergie primaire gomme toute trace de l’expansion du renouvelable. La part du renouvelable n’a ainsi malheureusement pas augmenté au cours des dernières années (dixit IRENA).
Mais la crise 2008 et ses conséquences pourront malgré tout permettre d’améliorer les proportions.
De là à comprendre que la nécessaire sobriété énergétique qui s’imposera à nous, concourra à augmenter la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique, il n’y a qu’un pas.
Il n’aura donc également échappé à personne que l’intronisation officielle de l’ IRENA, suivra de quelques jours l’entrée en fonction de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis.
En dehors de l’immense espoir que constitue ce changement radical en faveur de la transition énergétique, cela nous promet une concurrence dont nous avons le plus grand besoin dans le style : « plus vertueux que moi, tu meurs ».
Les limites du leadership européen en matière d’environnement.
L’accord à minima, en forme de peau de chagrin, sur le paquet climat-énergie qui a consisté à accorder des dérogations dans tous les sens aux industries polluantes, comme les fabricants de pâte à papier, de chaux, de ciment, de centrales électriques fonctionnant au charbon, nous rappelle au bon souvenir de la notion de concurrence.
Le fait d’avoir une production encadrée au niveau des émissions de CO2 coûte de l’argent. Et ce type d’industries est évidemment soumis à la concurrence des pays étrangers qui eux, n’ont que peu ou pas de contraintes. Elles ne peuvent donc lutter à armes égales, avec toutes les conséquences sociales qu’ une distorsion d’ obligations entrainerait.
Le prix à payer pour avoir un monde reconfiguré en faveur de la transition énergétique, et d’une production moindre en CO2 est donc un cadre international qui s’impose à tous, où chacun se voit appliquer les mêmes règles du jeu.
Puisse le nouveau gouvernement étatsunien y contribuer.
Pour l’ heure, la crise, du fait de la baisse de la demande d’énergie, nous laisse un – très léger – répit.
Philippe AUBERT
(1) Negawatt.org
(2) Le Monde 15/12/2008.
(3) Figaro 6/1/09
(4) IRENA

Ping : Arabie saoudite : inquiétude à l’approche du pic pétrolier | Transition-Energie.com
Ping : Andris Piebalgs s’interroge sur l’éventualité d’un choc pétrolier à venir. | Transition-Energie.com