Le drame des classes moyennes est que la faible variable d’ajustement budgétaire dont elles bénéficient sera réduite en poussière avec l’arrivée du pic pétrolier.
Au sens où l’arrivée du pic sera précédé d’une flambée du prix du baril. A ce moment, le phénomène ne signifiera pas nécessairement l’épuisement arithmétique des réserves, mais la fin du pétrole bon marché et facilement accessible. Celui que nous avons toujours connu et qui a largement contribué à l’essor économique sans précédent du XXème siècle.
Ce seront les premières victimes expiatoires qui paieront le prix de l’impréparation des événements.
Il n’y a pas grand-monde qui a vu arriver la crise financière de 2008, celle-là pas davantage, et ce n’est pas à coup de milliards, que l’on pourra endiguer les conséquences économiques, sociales et financières, qui toucheront nos modes de vie.
Un poids croissant des charges contraintes
Les classes moyennes en France, c’est aujourd’hui 50 % de la population, elles gagnent entre 1 120 et 2 600 euros par mois avant impôts. Si le dernier rapport du Credoc (1) récuse l’idée d’une paupérisation, il souligne la pression croissante des dépenses dites « normatives » ou « contraintes » comme l’essence, le loyer, les charges, l’eau, l’électricité, le téléphone, les assurances. Leur point commun est d’être incompressible.
Et dans ces dépenses contraintes, il y a évidemment les dépenses d’énergie, l’essence à payer quand on utilise sa voiture car le lieu de travail est loin du domicile, et difficilement accessible par les transports en commun, le fioul pour chauffer sa maison, où l’électricité quand les convecteurs de chauffage électrique, peu chers à installer, ont vite fait de faire grimper la facture lors des longues soirées d’hiver.
La brusque flambée du prix du baril au cours du premier semestre 2008 a rapidement mis en évidence un croisement dangereux entre l’augmentation incontrôlée de certaines dépenses et la fragilité financière de nombre de consommateurs.
Mais la crise n’aura duré que quelques mois.
Si elle était amenée à se reproduire de manière durable, avec une pression constante et évolutive, qui peut dire ce qui se passerait.
Les classes moyennes et le pic pétrolier
La réalité hétérogène des classes moyennes : les ouvriers et employés qualifiés, les professions intermédiaires (certains employés de commerce), les fonctionnaires, pourrait aussi se fondre de classe victime du fait du pic, en force politique revendicatrice d’un espoir perdu.
La capacité d’ascension sociale est déjà mise à mal en comparaison des années 60 où on pouvait espérer rejoindre la classe supérieure en onze ans. Mais là, il serait question de voir partir dans une certaine déliquescence sociale, le tissu des habitudes et des espoirs devenus vains.
Aujourd’hui, ce sont les classes moyennes qui arrivent juste à boucler leur fins de mois, quand les aléas de la vie, comme la séparation des couples, voient exploser les dépenses de 30 %.
Un volant de 50 % de la population, cela représente des millions de personnes, et les problèmes qui risquent d’arriver du fait des problèmes de renchérissement du prix du brut seront difficilement gérables.
Il ne s’agira pas de catégories restreintes comme les chauffeurs de taxi ou les pêcheurs.
Cela, c’était hier, en 2008, quand les classes moyennes pouvaient absorber l’augmentation du prix du pétrole, parce-que le phénomène a été temporaire. Et parce qu’il a été temporaire, il n’a pas eu le temps de saper les fondements de nos modes de vie.
La crise pétrolière et le choc social
Car le choc sera à plusieurs niveaux : l’augmentation directe du prix du pétrole qui pèsera sur ces fameuses dépenses « contraintes », mais aussi les conséquences déstabilisatrices sur toute l’économie.
Ce sera alors l’aller simple, du désenchantement que l’on connait aujourd’hui, au désarroi à venir.
Quelles seront alors les réponses que l’Etat providence ou la providence de l’Etat pourra apporter, quand il ne s’agira, ni de créer le Revenu de Solidarité Active, ni le RMI, ni d’aider seulement des catégories spécialement exposées comme les pêcheurs.
Le paradoxe, néanmoins, c’est que l’énorme taxation de près de 80 % des carburants à laquelle nous sommes habitués depuis des lustres, et pour laquelle il n’est pas un automobiliste qui n’est pesté, nous protège par rapport à d’autres pays, surtout ceux qui, au contraire, subventionnent l’essence des automobilistes, pour peu que le gouvernement joue le jeu de baisser la TIPP.
Mais du fait de l’endettement de l’Etat, il est à craindre qu’il se fera tirer l’oreille.
En France, une augmentation de 50 % du prix du brut ne pèse qu’à hauteur de 10 % sur le prix du litre d’essence, du fait des taxes.
Ce qui veut dire aussi que les produits détaxés comme le fioul à usage domestique, où le carburant utilisé par les pêcheurs, deviendront des pièges aux mâchoires acérées.
Sources :
(1) CREDOC-Consommation et mode de vie, n° 219, mars 2009
