Selon le Cambridge Energy Research Associates (CERA) “L’OPEP disposerait d’une capacité excédentaire de production de 6 millions de barils/jour, mobilisables en cas d’urgence (contre 2,5 millions en 2008) …et l’Arabie Saoudite…en détient à elle seule 4 millions” (1).
Il est permis de douter de telles assertions car, lors d’une audition devant la Commission des Finances de l’Assemblée en novembre 2009, Christophe de Margerie, patron de TOTAL avait alors bien précisé que le seul pays à avoir des capacités de production supplémentaires était l’Arabie Saoudite ( voir vidéo à 1 ’10).
On estimait alors le potentiel à 2,5 millions de barils/j. Certains disaient qu’ils pourraient les produire, d’autres pas.
Et l’OPEP a renouvellé à plusieurs reprises, notamment en octobre 2010 sa volonté, ou son incapacité à augmenter la production de pétrole.
Les récentes déclarations d’un responsable de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) peuvent d’ailleurs nous inciter à douter fortement d’une telle possibilité de hausse.
Le souverain d’Arabie Saoudite, le roi Abdallah, allait d’ailleurs décider en juillet 2010, après une visite faite à Barack Obama, de stopper toute exploration des champs futurs.
Alors certes, il faut un délai de plusieurs années (généralement 5 à 10 ans) entre la découverte et la production, ce donc pas cela qui peut répondre aux besoins immédiats, mais ce n’est pas vraiment une déclaration de ce type qui montre une volonté forcenée d’augmentation de la production.
Des réserves de pétrole encore surévaluées
Déjà en septembre 2009, le CERA avait fort opportunément réévalué les réserves à la hausse - en doublant quasiment les réserves prouvées déjà bidonnées depuis les années 80 – grâce à une hypothétique amélioration du taux de récupération permettant de gonfler les chiffres et ainsi obtenir la bagatelle de 900 milliards de barils en plus.
Le taux de récupération étant le ratio de liquide que l’on peut effectivement récupérer d’un gisement et qui se situe entre 30 et 35 %.
Un rapport de TOTAL paru en décembre 2008 et déjà baptisé “peak oil ? Un futur, des énergies” avait estimé (2) que l’amélioration se limitait à 5 %.
Si l’on regarde un tant soit peu les prévisions de l’AIE contenues dans le dernier rapport de l’agence, il n’est pas nécessaire de faire de savants calculs pour voir que l’hypothèse du CERA est complètement irréaliste.
Dans ce document, Peter Jackson qui représentait l’organisme, cite des chiffres très optimistes (3) de “production globale qui pourrait atteindre 110 millions de barils/j en 2010″, totalement invalidés par la réalité d’aujourd’hui.
L’intérêt de citer TOTAL, Christophe de Margerie son PDG, ou l’AIE est de montrer que même les membres les plus représentatifs de l’establishment, qui ont été pendant longtemps dans le camp des “optimistes” sur cette affaire de peak oil, ne se font pas beaucoup d’illusions sur cette “technique qui peut nous sauver” du plafond de production.
Déjà lors du dernier forum économique de Davos, c’était encore le CERA par la voix de son président Daniel Yergin officiant en qualité de maître de cérémonie, qui s’était empressé de rassurer l’auditoire sur la perspective des capacités pétrolières.
Il est à craindre que le CERA réapparaisse désormais à chaque difficulté de production, comme un diable qui sort de sa boîte, afin donner le change aux marchés et aux économistes qui “veulent encore y croire”, paré de sa casquette d’expert, afin d’éviter panique et contagion du syndrome de stress du pic pétrolier.
C’est le bouton sur lequel on appuiera désormais en cas de besoin, et qui fera partie du jeu de poker menteur que constitue dorénavant la production pétrolière.
Sources :
(1) “Le spectre d’un baril de pétrole à 100 dollars est de retour”, Le Monde, 29/12/2010
(Visualisation de l’article réservé aux abonnés après 15 jours)
(2) p 21
(3) p 18

2 réponses à Intox : sur le front pétrolier la désinformation a encore frappé