“La fin du pétrole” dans l’émission “Ce soir (ou jamais!)

Cela fait bien longtemps qu’on attend des émissions de ce type, d’autant que nous avions droit, à une émission de reportage « Vu du ciel » ponctué de différents sujets + un débat.  Etaient présents: Yves Cochet auteur de « Pétrole Apocalypse », Christophe de Margerie himself, Directeur Général de TOTAL, Anne Lefèvre-Balleydier auteur de « L’après-pétrole, lorsque les puits seront à sec » un petit livre intéressant mais un peu daté notamment sur l’usage des biocarburants, et le béotien de service, en l’espèce un obscur physicien qui n’a pas contribué à éclaircir le débat, et dont on se demandait parfois ce qu’il pouvait bien raconter.

La sortie de ce dernier sur le problème posé à la planète de la démographie était quand même in fine justifié, car au pic pétrolier (plafond historique de production) et au réchauffement climatique s’ajoute la charge et l’accroissement attendu du poids de la population mondiale, qui est le troisième grand problème de ce siècle. Nous sommes sorti des causes politiques du XX° qui ont amené à des catastrophes humaines, pour rentrer dans la genèse toute différente des grandes menaces du XXI°S.

On attendait beaucoup d’une émission de ce type pour, enfin, éclairer la conscience collective, entre deux pages de pub et des vrais faux JT. Alors quand est-il sorti ? Pas grand-chose.
La faconde de Christophe de Margerie qui a pourtant été assez clair dans un passé récent sur les problèmes à venir a, volontairement ou non, un peu monopolisé la parole de façon stérile et  cela ne n’a pas aidé à enfin parler de l’essentiel.

Le débat sur le pétrole tue le débat sur le pic pétrolier

A commencer par un documentaire de 1948 où le commentateur de l’époque évoquait déjà le spectre de la pénurie. L’animateur Frédéric Taddéi, dans son rôle au demeurant, mais ne connaissant pas le sujet, a eu beau jeu de rebondir sur le propos et de poser la question en toute logique, que si on s’était trompé dans les années 40, on pouvait également se tromper aujourd’hui.

La fameuse antienne sur « il reste 40 ans » de pétrole n’a pas non plus fait avancer le débat, en donnant une information qui, s’il elle est fausse à double titre aujourd’hui, a galvaudé le genre en donnant à croire qu’on était toujours dans les mêmes eaux. Une information archi rebattue depuis des dizaines d’années n’a pas pour intérêt de captiver le téléspectateur. Ce serait intéressant de savoir combien de gens ont changé de chaîne à ce moment là.

Mais l’information est fausse toujours pour les deux mêmes raisons : les 40 ans sont basés sur des chiffres de réserves déclarés par les états producteurs et artificiellement gonflés à une époque où cela permettait de produire davantage. La deuxième raison est qu’il s’agissait il y a 30 ans, de réserves prouvées avec une très grande probabilité d’extraction, et que dans ce chiffre est aujourd’hui entendu « toutes types » de réserves, ce qui fait une grande différence.

Personne sur le plateau n’a rectifié l’information. Même pas Yves Cochet, qui évoquait pourtant bien le problème dans son livre, et qui a quand même été le seul à faire des remarques ayant pourtant pour but d’enfoncer le clou sur la réalité du problème. Notamment sur l’usage des pétroles lourds du Canada qui, étant une pure catastrophe écologique,   devraient être tout simplement interdits,  et qu’il a qualifié à juste titre de « dégueulasse ».

Il aurait été pourtant facile de dire que les pics pétroliers successifs qui se sont toujours produits de manière irréversible, à commencer par les Etats-Unis en 1970, et qui ont touchés presque tous les pays producteurs (Russie, Mexique, Russie, Norvège et bien d’autres) pouvait nous interpeller sur le moment où cela arriverait à l’échelle du monde. Et d’enchainer sur l’intuition de King Hubbert, sans forcément parler de l‘ASPO, mais en évoquant  impérativement  la déclaration de Fatih Birol de fin 2008, de l’information du journal Le Monde lors de la sortie le 10 novembre 2009 du dernier rapport de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) qui faisait état, confidentiellement, des sourdes inquiétudes de responsables de l’agence sur la production, de citer les déclarations de Robert Hirsch, anciennement mandaté par le ministère de l’Energie US et qui déclarait récemment « le pic pétrolier, ce sera quelque part dans les cinq prochaines années », de mentionner les déclarations de M. Demargerie qui disait il y a quelques mois lors d’une interview « il n’y aura pas assez de pétrole et de gaz au milieu de la décennie ».

Ce dernier a quand même posé le vrai problème qui n’est pas tant celui des réserves et du pic, mais de la capacité de production. Et de citer les seuls chiffres vraiment intéressants de tout le débat mais qui ne pouvaient réellement être entendus que par des gens connaissant le sujet : « La production mondiale actuelle est de 84 millions de barils/jour » et de marquer une pause avant d’ajouter, même que la réflexion nous faisait penser que le chiffre attendu était une limite haute « La capacité maximum aujourd’hui est de 86 millions ». Yves Cochet a à juste titre relevé le faible écart entre l’offre et la demande, mais l’intervention n’était pas suffisante pour mesurer la gravité du phénomène.

Car toute la réalité d’aujourd’hui s’exprime dans ces deux seuls simples chiffres : 84 de production, 86 de capacité maximum. Et il s’agit de “tous liquides confondus” (liquides de gaz naturel, pétroles extra-lourds, huiles synthétiques, biocarburants, liquides de charbon, et gains de raffinerie en volume).

Nous produisons donc au mieux 97-98 % de la capacité maximum de production aujourd’hui. C’est donc cette faible marge, qui à mesure de son amincissement, et de la prise de conscience des marchés financiers « qu’il y a un problème sur le pétrole » qui fera que le prix du baril explosera, et que ce sera « la fin du pétrole bon marché », avec toutes les conséquences que cela impliquera en terme de décroissance, de chômage massif, de pénurie alimentaire, de guerres du pétrole ou de guerres civiles.

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