Le miracle et les difficultés du Sahara énergétique

Au départ, il y avait le projet pharaonique de fabriquer de l’hydrogène avec des centrales solaires dans le désert du Sahara.

C’était tellement beau qu’on en rêvait. Et puis le serpent de mer est devenu réalité le 13 juillet 2009 lors de la réunion d’un consortium, composé majoritairement d’entreprises allemandes.
Le climat d’Europe centrale ne se prêtant guère à la production d’électricité à partir de la chaleur solaire.
Le pays approchant de la saturation en matière d’implantations de parcs éoliens, le projet baptisé Desertec a été jugé nécessaire. Le programme annoncé en septembre de déploiement de 2 500 éoliennes en mer du Nord et qui doivent produire 12 000 MW illustre cette problématique de la production d’énergie à partir de sources renouvelables.

Desertec

Ce ne sera pas de l’hydrogène qui serait produit, mais de l’électricité à partir de gigantesques centrales solaires thermiques, devant apporter à l’Europe 15 % de ses besoins énergétiques, et une grande partie de ceux des pays producteurs.
Pour l’instant, c’est la création d’un bureau d’études ayant pour objet d’étudier d’abord la faisabilité technique de l’opération qui devait avoir lieu en octobre, afin de rendre ses conclusions concrètes au terme d’un délai de trois ans.
Mais l’Algérie n’a pas encore donné son accord pour la participation au projet baptisé « Desertec Industrial Initiative » qui devait être lancé dans le courant du mois.
Le pays met en avant ses avantages comparatifs, en matière de production de béton et de verre, matériaux nécessaires à la construction de centrales solaires, et souhaiterait avoir une plus grande place dans le projet, au côté du Maroc, de la Tunisie, de la Lybie et de l’Egypte.

Un projet énergétique aux chiffres extraordinaires

Les chiffres de Desertec du nom du Consortium ont quand même de quoi donner le vertige :

  • Une production électrique allant jusqu’à 20 GW.
  • Plusieurs milliers de kilomètres carrés d’installations
  • L’équivalent d’une centaine de centrales nucléaires de nouvelle génération.
  • 400 milliards d’euros d’investissement.
  • Dont 50 milliards pour le seul réseau sous-marin reliant l’Afrique du Nord à l’Europe afin d’acheminer l’électricité.

Rappelons qu’un étude (voir p 6) avait déjà évoqué la possibilité de produire de l’énergie à partir de  solaire photovoltaïque implanté dans le désert du Sahara.

Des risques politiques au conflit énergétique

Mais du rêve à la réalité, ce n’est parfois pas si simple.
Car si techniquement le projet parait mirifique, il suscite en Allemagne trois types de critiques que l’on ne pas qualifier d’infondées.

  • La question de la sécurité quand il s’agit d’installations dans des pays politiquement instables
  • La concentration monopolistique de la production d’électricité par quelques acteurs quand la production d’énergies renouvelables devrait être locale, et quand bien même les limites géographiques d’une production purement nationale  sont atteintes pour l’éolien.
  • Le risque d’attentats par le terrorisme islamique

Il est parfaitement envisageable que les thèses salafistes à l’encontre des occidentaux au moment du pic pétrolier se nourrissent de l’effritement, de l’effondrement de l’ économie occidentale, et qu’elles voient dans le projet Désertec un autre talon d’Achille.

Le projet est à très long terme et devrait être terminé en 2050. On peut donc se poser en plus la question de la sécurisation des installations dans un contexte de paupérisation croissante de l’Afrique centrale, du fait des conséquences extrêmes du réchauffement climatique dans cette région. Les millions d’émigrés de ces contrées pourront être tentés d’aller plus au nord pour échapper à la sécheresse et à la famine, ce qui provoquera la déstabilisation de la région.
A moins que l’emplacement des centrales se fassent dans des régions totalement inhospitalières.

Les allemands associés aux espagnols ne viennent-ils pas de franchir un pas aux conséquences incertaines, avec la discrète genèse d’un risque de conflits. De ceux qu’on appelle « guerre du pétrole », et qui ne concerneraient donc pas que les pays producteurs d’or noir. Ne sera-t-il pas aussi à nouveau provoqué par un problème d’interdépendance de multiples acteurs, devant le grand écart de cultures diverses allant de la social démocratie au fondamentalisme islamique, dans le droit fil d’un monde qui change, d’un modèle occidental qui souffre du pic pétrolier, du déclin des gisements, du prix du baril qui flambe.

Par une curieuse ironie du sort, ce projet signifie en quelque sorte aussi de passer d’une dépendance à une autre, des régions riches en pétrole, à celles riches en soleil.
Et le pétrole c’est aussi et d’abord de l’énergie solaire, accumulée par les végétaux il y a quelques millions d’années.
Alors certes, le grand départ de l’étude de faisabilité est donné, mais le premier coup de pioche n’est pas encore pour tout de suite.

Sources :

TSA-Algérie
Tagenblatt Eco
Novethic

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