Le dernier rapport de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), le World Energy Outlook 2009, met l’accent sur l’évolution de la demande de combustibles fossiles d’ici à 2030, et veut alerter l’opinion sur le danger de la situation face au réchauffement climatique.
Le graphique accompagnant l’article du journal Le Monde sorti le jour de la parution du rapport, c’est-à-dire le 10 novembre, a trait à la « l’évolution de la demande de charbon» et non pas à l’évolution de l’offre de pétrole.
On aurait pourtant aimé connaitre la position officielle de l’AIE sur ce point, un an après la déclaration historique du chef économiste Fatih Birol de l’ AIE le 15/12/2008 qui faisait état d’un pic pétrolier en 2020, et ensuite d’une chute de la production de 6,7 % par an.
Mais un haut responsable de l’AIE, cité sous couvert d’anonymat par le quotidien britannique The Guardian (qui avait publié l’interview de Fatih Birol sur le rapport 2008) déclare que « beaucoup, au sein de l’organisation, jugent que parvenir à un niveau de 90 ou 95 millions de barils serait impossible ». L’information n’est pas divulguée car « on craint des mouvements de panique sur les marchés financiers si les chiffres sont baissés ».
Une deuxième source de haut niveau non identifiée au sein de l’agence, a déclaré qu’il y avait une règle fondamentale à l’organisation qui consistait à « ne pas provoquer la colère des américains »et ajoute « le fait est qu’il n’y a pas autant de pétrole dans le monde que ce qui est admis. Nous sommes entrés dans la zone du pic pétrolier et la situation est vraiment très grave ».
L’article du Monde relaie l’information dans un encart en bas de l’article avec ce titre « Pressions américaines sur les statistiques pétrolières ».
Il est clair que le gouvernement US, par crainte de casser dans l’œuf une reprise encore fragile, du fait d’un prix du baril qui exploserait à nouveau, a préféré influer sur le rapport dans un sens plus politique.
L’intérêt paradoxal de la manœuvre, et c’est le sens de l’avertissement au monde de l’AIE sur la domination des énergies fossiles en 2030, est d’avoir un instrument pouvant faire pression au Sommet de Copenhague en faveur d’un autre modèle énergétique décarbonné, moins émetteur de gaz à effet de serre.
Une prolongation tendancielle du rapport 2008 sur l’épuisement du pétrole aurait eu beau jeu de semer la confusion dans les esprits sur l’opportunité ou non de sortir du pétrole, puisque la planète le ferait pour nous.
La question de la recrudescence des centrales à charbon, de la déforestation des forêts tropicales pour produire des biocarburants, de la liquéfaction du charbon pour obtenir un combustible liquide, toutes ces activités fortement émettrices de gaz à effet de serre auraient certainement été insuffisamment évaluées.

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