Les réserves de pétrole

La version officielle estime le nombre de barils extractibles à 1 200 milliards.
Cette version est contestée par l’ASPO qui pense qu’elle est surévaluée de 300 milliards. La notion de réserves repose sur les déclarations des compagnies pétrolières.
Et nous avons toutes les raisons de penser que les réponses fournies sont douteuses.

Sur le tableau ci-dessous reprenant les chiffres de réserves déclarées par un certain nombre de pays, on voit en gris les brusques augmentations de réserves alors qu’aucune découverte susceptible de modifier les chiffres n’a été effectuée.

La raison en est que les quotas de production accordés aux membres de l’OPEP dépendent des réserves annoncées. Donc, plus les réserves sont importantes, plus la production sera en rapport et les rentrées financières suivront évidemment d’autant.

BP Statistical Review of Word Energy 2004.

Il faut préciser que si l’on parle maintenant de « 3° choc pétrolier » c’est le premier du genre à apparaître en raison de problèmes physiques de production et non d’ordre politique comme les deux précédents chocs.

Aujourd’hui, on estime à environ 40 ans, au rythme de la production actuelle la quantité de réserves que l’on pense pouvoir extraire.
A cet égard, il faut faire la distinction entre les ressources, qui représentent le pétrole qui existe sous terre, et les réserves qui sont les quantités de pétrole que l’on pense pouvoir extraire.
Depuis une trentaine d’années, ce chiffre de 40 ans est à peu près constant.
Si l’on tient compte de la production qui a lieu pendant cette période, le maintien de ce chiffre ne devrait s’expliquer que par l’augmentation des découvertes.
Or, il n’y a pas eu de découvertes significatives pendant cette période.
C’est donc le type de réserves qui a changé.
Car il existe selon la grammaire de l’industrie pétrolière trois types de réserves correspondant à la probabilité de récupération.
1 Les réserves prouvées qui ont une probabilité de 95 %.
2 Les réserves probables dont le taux passe à 50 %.
3 Les réserves possibles dont on estime la probabilité d’extraction à 5 %.
En fait, les réserves probables et possibles ont significativement diminué, ce qui a permis aux réserves prouvées d’augmenter.

Il est extrêmement significatif de noter que cette manière de classer le type de réserves selon ces trois catégories n’a absolument pas permis de prévoir : ni la stagnation de la production depuis 2 ans, ni l’envolée du prix du baril qui en a résulté au premier semestre 2008.

La définition académique (surtout vu du côté US) des réserves est :
“L’ensemble du pétrole que l’on considère raisonnablement pouvoir extraire à l’avenir à partir des ressources physiques connues, compte tenu des conditions techniques et économiques du moment”.

Mais ce n’est pas le scientisme qui va changer la face de l’histoire.

Avec les pétroles extra-lourds du Canada et du Venezuela, on arrive à gonfler les chiffres des réserves.

Mais chaque litre de pétrole de ces régions est issu d’une laborieuse transformation, car ces pétroles immatures ont besoin de beaucoup d’énergie et d’eau pour être modifiés.

Ce qui compte, ce n’est pas le volume des réserves mais le débit du robinet. La production de ces pétroles sera toujours marginale.

La courbe de Hubbert

Le géophysicien Marion King Hubbert suggéra dans les années 1940 que la production d’une matière première fossile donnée, et en particulier du pétrole, suivait une courbe en cloche parallèle à celle des découvertes mais décalée dans le temps. Cette courbe, en particulier la date à laquelle la production culminerait, le volume des réserves totales et la valeur de la production maximale atteinte au moment du pic, pouvait se déduire de la quantité de pétrole déjà extraite et de l’estimation des réserves totales. La courbe atteint son sommet lorsqu’à peu près la moitié des réserves ont été extraites.

 

En 1956, lors d’un meeting de l’American Petroleum Institute à San Antonio, au Texas, Hubbert fit la prédiction que la production globale de pétrole aux Etats Unis atteindrait son maximum aux alentours de 1970, avant de commencer à décroître. Il devint célèbre quand on s’aperçut qu’il avait raison, en 1970. La courbe qu’il employa dans son analyse est connue sous le nom de Courbe de Hubbert, et le moment où elle atteint son maximum le Pic de Hubbert.
Au lendemain du pic de production domestique des États-Unis, ses travaux reçurent un intérêt renouvelé car la date de ce pic (1970) coïncidait bien avec la prévision effectuée 15 ans plus tôt.

Hubbert avait prédit en utilisant sa méthode que le déclin de la production mondiale se produirait en 2000. Mais les deux chocs pétroliers de 1973 et 1979 ont considérablement déformé la courbe de production (en ralentissant la progression de la demande), éloignant la courbe consolidée de la production du modèle théorique établi par Hubbert.
Voici le graphique de King Hubbert au sujet du futur de la production du pétrole et du gaz naturel aux Etats-Unis en 1956.

courbe de hubbert pic U.S.A. 1970

La courbe de Hubbert est donc bien adaptée à l’étude d’un ensemble de gisements pendant une période économique stable ; elle ne permet pas à elle seule de faire des prédictions à long terme sur l’ensemble de la planète.
Voici le graphique de King Hubbert au sujet du futur pic de production de la production mondiale de pétrole.

Courbe de Hubbert pic monde

Il faut préciser qu’il a estimé la prévision initiale du pic de production mondiale exactement à l’an 2000.
A l’époque, il n’y avait pas d’ordinateurs, et le modèle n’est pas tout à fait adapté pour tenir compte de facteurs externes, au niveau mondial, tels que de brusques variations de la production.
Entre temps, il y a eu le choc pétrolier de 1979 qui a été suivi d’une crise de la demande pendant 14 ans.
King Hubbert est mort en 1989, après les événements qui ont produit cette contraction de la demande.
Il a donc eu le temps de refaire ses calculs pour établir une estimation définitive du pic en 2010.
King Hubbert n’étant plus là pour refaire l’histoire, cette présente approche a été effectuée en déduction de ce qui a dû se passer.

La courbe de Hubbert propose une modélisation de la production de pétrole en forme de cloche avec des jalons qui sont fonction de la production passée et des réserves prouvées.

L’évolution de la production de pétrole en Norvège s’inscrit presque parfaitement sur la courbe de Hubbert.

Pour mettre tout le monde d’accord, le sujet faisant l’objet d’une polémique, l’aspect génial de l’intuition de K. Hubbert est qu’elle attire notre attention à un moment critique de l’ Histoire où le pétrole facilement extractible et bon marché se termine, et où dans le même temps les énergies carbonées n’ont plus d’avenir du fait du réchauffement.

king hubbert

Le mot de la fin est pour King Hubbert :
“Notre ignorance n’est pas aussi grande que notre incapacité à utiliser ce que nous savons”.

(1) Le Monde du 16/11/2007
(2) Le Figaro du 20/09/2005

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