Le top 3 des avis les plus pertinents du débat sur la transition

La transition énergétique après être resté longtemps sous les radars médiatiques, connaît désormais les feux de la rampe. Le sujet montant en puissance au fur et à mesure que le débat prend de l’ampleur : interviews tous azimuts de miss Batho, news à ne plus en pouvoir sur la Semaine du Développement Durable, infos sur les journées de l’énergie, et jusqu’à une mini-série humoristique “Les Zepros” pour nous expliquer les économies d’énergie. Consacrons-nous donc à l’essentiel de la transition qui est le cap d’un nouveau projet de société. 

Et revenons sur ces cahiers d’acteurs du Débat National sur la Transition Energétique (DNTE) récemment parus qui donnent la parole aux membres du conseil national, composé de 39 entités à travers 7 collèges : syndicats, associations environnementales, parlementaires, etc…

Cahier d'acteurs

L’idée est d’abord très politique d’associer et de laisser s’exprimer par exemple des syndicats qui ne connaissent rien du sujet au départ. Mais qui pour autant jouent le jeu et essaient de trouver dans ce projet de société, l’occasion d’avoir un relais de croissance (vert) en terme d’emplois.

Dans ce pot-pourri d’instances diverses et variées, les vrais spécialistes ne sont pas légion et constituent à peine un tiers de ces cahiers.

Ce qui est intéressant, c’est de dégager les idées-forces de ceux qui s’engagent année après année dans la promotion d’une autre société, d’un autre modèle énergétique, d’une autre économie.

Pendant ce temps, le bras de fer de la transition énergétique continue avec à ma gauche les grands énergéticiens historiques se reposant sur la loi de 1946 qui dépossède les régions de leur autonomie en matière énergétique, et à ma droite les tenants d’un modèle alternatif faisant la part belle à la production locale.

Alors farce tragi-comique du débat selon certaines associations écolos ou réelle volonté de changement ? Il faudra juger de la loi de programmation prévue en octobre sur pièces, et de son application réelle dans le temps.

Pour autant, selon une étude réalisée par Philippe Quirion, chargé de recherche au CNRS-CIRED (Centre International sur l’environnement et le développement) qui a analysé l’impact au niveau de l’emploi du scénario négaWatt, dans le cas d’une forte réduction de la consommation d’énergie, du développement massif des énergies renouvelables et d’une sortie du nucléaire en 2033, on arrive à une création nette de 235 000 emplois en 2020 et de 632 000 en 2030. Dans cette étude, Philippe Quirion chiffre le nombre d’emplois détruits et créés dans 118 branches de l’économie française dans différents secteurs d’activités (bâtiment, transport, réseaux d’énergie, énergies renouvelables, etc.).

Donc, le coût de la transition énergétique est plus que jamais comparable à celui de la non action consistant à ne rien faire.

Pour toutes ces compilations, ce qui est retenu c’est l’originalité dans le point de vue, plus que tout ce qui est commun aux acteurs. On est tous d’accord sur le fait qu’il faut plus d’ENR, davantage de sobriété énergétique, réduire la part des combustibles fossiles y compris le nucléaire, relocaliser les activités, etc…La différence, c’est comment fait-on pour y arriver ?

Le tiercé de tête de ces cahiers d’acteurs est donc composé de :

  1. La fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme. Précisons tout de suite que cela aurait pu être quelqu’un d’autre, et qu’il n’y absolument aucun à priori dans ce classement.
  2. Un groupe composé de Denis Baupin, Yves Cochet, et Ronan Dantec, tous acteurs de la vie politique.
  3. Le sympathique CLER (Comité de liaison pour les énergies renouvelables) créée en 1984 et fédérant plus de 200 professionnels.

1 La fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme

L’avis de la fondation pose l’exact question d’entrée de jeu, disant qu’il s’agit ni plus ni moins d’une refondation de la société, et que cette transition nécessite un courage politique. Que la transition présente une formidable opportunité de sortie de crise. Sortie de crise peut-être pas, mais l’idée de la refondation associée à une réelle volonté politique de changement correspond à la réalité de l’enjeu. C’est là que le président de la république est attendu au tournant.

Le scénario négaWatt n’est pas expressément cité, mais la nécessaire maîtrise de l’énergie revient régulièrement.

Cette transition, selon la fondation repose autour de 4 axes qui lui permettront d’être bien construite:

1er axe : Réformer la gouvernance et la programmation de la politique énergétique.

La loi de programmation doit en effet pallier au manque de constance du feu Grenelle de l’environnement dont a beaucoup souffert la filière ENR. Le projet de société inclus la participation et la compréhension du plus grand nombre, car si on veut d’abord utiliser le gisement représenté par les économies d’énergie, cela représente un travail considérable de transformation et d’acceptation !

2ème axe : Promouvoir la fiscalité écologique

En clair, il faut un signal prix, pour que tout ce qui est éco-vertueux soit encouragé, et que tout ce qui freine une saine transition soit taxé. Aujourd’hui la France se situe au 26ème rang européen en la matière et représente aujourd’hui moins de 5 % des prélèvements obligatoires. Mais pour éviter que le ministre du budget ne se frotte les mains à l’idée de nouvelles rentrées, il faut en parallèle supprimer d’autant toutes sortes de taxes qui n’ont pas de raison d’être

3ème axe : Investir en priorité pour la transition énergétique avec des financements innovants

C’est le nerf de la guerre, l’argent. Il faut construire le projet en partant de ce constat où toutes les banques publiques, y compris la BPI (Banque Publique d’Investissement), doivent avoir une orientation prioritaire en faveur de la transition écologique et énergétique. A partir de cette base, tout un tas d’outils doivent être utilisés à différents niveaux pour assoir l’offre de financement. Par exemple : mettre en place un chèque énergie pour les plus modestes; doubler l’enveloppe du Fonds Chaleur et encourager le développement du solaire thermique, de la géothermie, et de la biomasse; encourager le recours au tiers-financeur; relever les plafonds des livrets A et LDD et réserver une part de la collecte, etc..

4ème axe : Faire progresser les normes

Les normes doivent contribuer au développement des filière industrielles et artisanales adéquates. Que ce soit en matière de performance thermique des logements, la performance énergétique des véhicules, et la tarification progressive des énergies. La création d’un droit à la rénovation des logements les plus énergivores fait également partie des requêtes. Avec la création d’un guichet unique de la rénovation énergétique.

2 Denis Baupin, Yves Cochet, et Ronan Dantec

Si le XXème siècle fut placé sous le signe de la production, le XXIème doit être celui de la tempérance, c’est la profession de foi des auteurs, et comme beaucoup dans ces cahiers, le scénario négaWatt est cité et constitue une part significative de leur raisonnement.

La rénovation des logements et la relocalisation des activités sont incontournables, pour changer de société, et cités dès la première page.

Le coût de la transition n’a de sens que comparé à celui de l’inaction. C’est cette vérité première qui répond le mieux aux détracteurs d’une transition propre et qui citent le coût “exorbitant des ENR”. Dès 2006, le rapport Stern a pointé quant à lui le coût exorbitant de l’inaction climatique : 5% du PIB mondial annuel (5500 milliards d’euros).

La Cour des Comptes évaluant le coût d’un accident nucléaire majeur entre 600 et 1000 milliards d’euros.

La « non transition énergétique » entraîne une facture énergétique croissante, 69 milliards d’euros en 2012.

Quels que soient les scénarii choisis, il faudra investir. Mais si nous affectons un coût juste au CO2, à l’épuisement des ressources et à l’accident nucléaire, on remet de la rationalité dans l’évaluation des coûts respectifs des scénarios. Et ce d’autant plus si on privilégie l’investissement sur les territoires plutôt que l’enrichissement des pétromonarchies, et le choix des filières les plus intensives en emploi. Ainsi, l’efficacité énergétique et les EnR permettent 490000 créations d’emplois non délocalisables d’ici 2020. Elles garantissent une stabilisation et une maîtrise des factures énergétiques à moyen terme (en agissant sur les tarifs et les consommations) et améliorent la balance commerciale.

3 Le CLER (Comité de Liaison des Energies Renouvelables)

Encore une fois, le scénario négaWatt sert de base inspiratrice aux propos du CLER et cite même ce qui est au coeur de la logique de l’association : Ce serait une erreur de croire que nous avons besoin de carburant, d’électricité ou de gaz, alors que c’est en définitive de nous chauffer, nous déplacer, nous éclairer, faire fonctionner nos usines et nos bureaux ou nous distraire.

A partir de ce constat, le CLER enfonce le clou dans ce vrai cancer franco-français de notre modèle énergétique qui est la captation des pouvoirs au coeur de quelques mains dans notre modèle énergétique centralisé.

Il propose donc de rendre aux territoires la maîtrise de leur avenir énergétique.

Avec le signal prix de la fiscalité, le fait de prévoir les outils nécessaire au financement de ce gigantesque chantier, de la volonté politique pour réduire le pouvoir des majors français de l’énergie, vient le tour de l’incontournable réforme du cadre institutionnel de notre modèle énergétique. Afin que les régions se réapproprient leurs potentialités en matière d’économie et de production d’énergie locale, avec la création d’emplois non délocalisables.

Pour remettre la question de la transition dans le bon ordre, avant même de parler d’augmenter la production d’ENR, il faut en effet aborder une nouvelle étape dans la décentralisation avec la promotion des intercommunalités et des régions.

Pour le CLER, cette décentralisation des compétences devra rétablir l’autorité des collectivités sur la gestion de leurs réseaux de distribution d’énergie (électricité, gaz et chaleur). Ces réseaux sont les instruments clés d’un nouveau lien entre consommation et production qui permettra de répondre aux besoins de services par la maîtrise des quantités consommées et d’accueillir davantage de moyens de production décentralisés exploitant les EnR. La flexibilité que procurent la diversité et la proximité sera la règle d’un nouveau service public local de la distribution et de la maîtrise de l’énergie. Or, pour l’électricité et le gaz, les collectivités locales sont privées, par une loi datant de 1946, de toute possibilité d’action sur ces réseaux qui pourtant leur appartiennent. Cet anachronisme doit céder la place à un rééquilibrage du rapport entre autorités concédantes et concessionnaires. La péréquation (tarifaire Ndr) doit être maintenue dans la transparence.

Enfin, l’accent est mis sur la formation, car si on veut ne serait-ce que booster la rénovation des bâtiments, il faut en face avoir la filière de personnels capables d’effectuer ce travail.

Mention spéciale pour Ecologie sans frontières

Tout de suite, l’ONG propose une excellente idée, la création d’un consortium des industries de la transition énergétique, à l’image d’Airbus dans l’aéronautique. Mais c’est bien sûr ! Et cela répond aussi au rapprochement récent entre la France et l’Allemagne qui ont promu l’ancien Bureau en un Office franco-allemand pour les énergies renouvelables, et même si ce n’est qu’un début, cela va dans le bon sens.

Et le texte d’évoquer la communauté du charbon et de l’acier en 1951, pour souhaiter que pareille chose advienne avec la transition énergétique. EADS emploie par exemple 130 000 personnes pour un chiffre d’affaires de 50 M€.

Philippe Aubert
Eco-blogueur

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