Dans la mesure où le pétrole est présent dans de multiples produits du quotidien, il joue aussi un rôle important dans toute la chaine logistique de notre approvisionnement, fait à partir d’agriculture intensive et de supermarchés excentrés.
Richard Heinberg dans un livre d’anthologie (1) sur la fin du pétrole bon marché l’indique très clairement : « L’agriculture intensive moderne est devenue gourmande en énergie dans tous ses aspects. Les tracteurs et autres équipements agricoles consomment du diesel ou de l’essence…les pesticides et herbicides sont synthétisés à partir du pétrole ; les semences, produits chimiques et récoltes sont transportés sur de longues distances par camions ; enfin les produits alimentaires sont cuisinés au gaz naturel et emballés dans du plastique dérivé du pétrole avant de parvenir au consommateur ».
La pétro-dépendance est là, dans cette chaine de fabrication et de distribution qui fait tellement partie de nos habitudes, que l’on n’en voit pas le talon d’Achille. Car le pétrole est présent du début à la fin du processus, et les conséquences d’un pétrole cher pèseront de tous leurs poids. L’inflation en sera le signe le plus évident et le plus visible. Jusqu’à une désorganisation plus ou moins forte qui naîtra de la rupture d’un équilibre qui a nous a rassuré et assuré de trouver tout ce qu’on voulait depuis des dizaines d’années.
Adieu, fruits exotiques, transportés par avion cargo, car du fait de la modicité de leur prix en fonction du poids transporté sont déjà condamnés. Même chose pour les multiples produits qui sont aujourd’hui de véritables globe-trotters parcourant le monde de long et en large, sur plusieurs milliers de kilomètres (2).
De l’agneau surgelé néo-zélandais qui parcourt 18 835 km en avion cargo réfrigéré, au jean qui fait plus de 20 000 km entre toutes les étapes nécessaires à sa fabrication (boutons, teinture, couture, etc.), en passant par le simple yoghourt qui fait bien ses 10 000 km entre le métal nécessaire au couvercle, le récipient s’il est en verre, les ferments, etc.
La hausse du pétrole sonnera le glas de la complexité du système et donc de son coût induit.
On ne pourra pas tout transformer pour tout le monde, si le système de distribution dominant fait à partir d’agriculture intensive cède en partie la place à un joli patchwork de jardins partagés, de potagers dans les maisons et d’activité croissante des fermiers bio locaux, ce ne sera déjà pas mal.
Et tous ceux qui auront changé, décongestionneront d’autant le système. Les emplois perdus dans la grande distribution, se redéployeront au profit de la culture bio, qui est une grande consommatrice de main-d’œuvre. Les gestes anonymes qui consistent à passer des produits devant un scanner, auront désormais un sens avec le retour à la nature, ce ne sera pas toujours très confortable, mais si les choses se font au sein d’une communauté qui sait ce qu’elle fait et pourquoi, ce sera déjà plus facile.
Ce qui veut dire aussi que nourrir la population dense des grandes villes avec une chaîne logistique désorganisée, et des prix délirants du fait de l’inflation consécutive à la hausse du pétrole, posera de sérieux problème.
La transition n’est pas un long fleuve tranquille, ce ne sera pas possible d’assurer le confort alimentaire pour tout le monde. Mais tous ceux qui ont un jardin à disposition, suffisant en taille, peuvent déjà changer leurs habitudes, c’est d’autant qui ne pèsera pas sur la grande distribution.
Pour ne pas être pris au piège de l’addiction, la seule solution est de s’en libérer en réinventant une autre chaine de production et de distribution, cette fois plus affranchie du pétrole.
On connaît tous les solutions, mais par habitude consumériste, avec le jeu de la publicité et de la consommation à outrance, nous n’y accédons pas pour la grande majorité, ou pas encore.
Les solutions s’appellent alimentation bio et production locale
L’alimentation bio ne fait pas appel aux pesticides et herbicides. Quand la production est vendue en vrac directement du producteur au consommateur, elle ne fait pas appel non plus aux laborieux circuits de transformation, d’acheminement et de conditionnement de la grande distribution.
Quant au lieu de distribution, pour les AMAP il peut s’agir soit de la ferme elle-même si les partenaires du réseau vivent dans un périmètre proche de celle-ci, soit d’un point de chute situé en ville (maisons de quartier, magasin d’alimentation spécialisée, cour d’immeuble,…). Car il ne s’agit évidemment pas de multiplier à nouveau les multiples trajets individuels en voiture à moteur thermique.
D’autres producteurs organisent également des ventes de leur production avec des point relais, comme Tousprimeurs.com.
Et pour Daniel Vuillon, premier producteur en AMAP, la rémunération du producteur n’étant pas liée au rendement et au prix de l’unité de vente de ses productions, il va pouvoir mettre en oeuvre un mode culturel qui tient beaucoup plus compte de la fertilité du sol, de la qualité de l’air et de l’eau, du respect des équilibres naturels, de la bio diversité dans la relance de variétés locales, la qualité gustative et nutritive de ses productions.
Le prix du panier est donc fixé de manière équitable : il permet au producteur de couvrir ses frais de production et de dégager un revenu décent, tout en étant abordable par le consommateur.
Aujourd’hui, selon l’AMAP, il ressort deux raisons principales pour lesquelles les consommateurs participent à une AMAP :
La santé et le bien-être : consommer des produits frais, de saison, bio , diversifiés, retrouver un certain lien avec la nature et les produits d’antan (qu’il estime, de plus, plus savoureux ).
L’action citoyenne : soutenir directement un agriculteur local, développer les liens ville-campagne.
La raison économique (produits de qualité à un prix abordable) ne semble pas faire partie des raisons principales.
Mais demain, la sécurité de l’approvisionnement, et le fait de se nourrir sainement à un prix abordable feront toute la différence.
Les milliers d’adresses de producteurs bio réparties à travers toute la France constitueront donc la base de la résilience.
L’exemple cité très opportunément par le Réseau de la Transition sur les mesures qu’a pris le gouvernement Britannique à l’aube de la seconde guerre mondiale qui a notamment consister à augmenter la production alimentaire des ménages. Car l’Angleterre est une île, et deux tiers des aliments étaient importés en 1936 tandis que la majorité des terres servaient de pâturage.
Huit ans plus tard, en 1944 la production alimentaire avait augmenté de 91 %. A Bristol, on comptait pas moins de 15 000 jardins partagés.
Dans la ville de Totnes qui a été la première communauté du Réseau de la Transition, a mis en place un principe tout simple au début de son lancement: toute personnes possédant un terrain inutilisé (ancien potager, pelouse, terrain vague) pouvait conclure un contrat de « partage de jardin » avec ou plusieurs autres jardiniers qui n’avaient pas de terrain. Ces derniers étant souvent des gens vivant en appartement ou des locataires. Le propriétaire pouvait aider à cultiver la parcelle de terre et le plus souvent fruits et légumes étaient partagés.
L’agriculture de demain, et qui commence aujourd’hui, sera faite de jardins d’agrément transformés en jardin potager, d’agriculture urbaine, de jardins partagés ou communautaires, et de producteurs bio locaux.
Donc, des solutions alternatives à la folie productiviste existent. Elles existent même déjà, il suffit de les développer, c’est ce que nous allons voir dans cette rubrique.
Maintenant, il ne vous reste plus qu’à trouver votre propre formule d’adaptation.
Vous avez donc le choix entre de nombreuses possibilités :
- Manger bio en étant « locavore ».
- Etre “consomm’acteur” d’une AMAP ou d’un réseau similaire.
- Transformer votre jardin d’agrément en jardin potager.
- Si vous avez la chance d’avoir un potager, essayez de le développer.
- Bénéficier d’un terrain dans votre famille proche.
- Créer ou participer à des jardins partagés, communautaires, urbains ou non.
- Achetez ou louez un jardin potager
Voir la vidéo du potager anti-crise
Sources
(1) Richard Heinberg, « Pétrole, la fête est finie – Avenir des sociétés industrielles après le pic pétrolier », Ed. Résistances, 2008.

