Je décode, tu décodes, nous décodons. Dans la grammaire des hautes instances énergétiques, le métalangage n’est pas un vain mot. La figure de style consistant à dire moins pour faire entendre plus, est au langage pétrolier ce que Roméo est à Juliette, ou Titi à Grosminet.
Pour preuve, David Fyfe, le directeur de la division marché et industrie pétrolière de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), a déclaré en marge du dernier rapport mensuel de l’agence: “Le marché devrait rester plutôt bien approvisionné jusqu’au milieu de l’année prochaine au moins (1)”.
C’est évidemment l’ensemble:” plutôt bien approvisionné” qui a de quoi faire réagir.
Ah bon! Cela veut donc dire que l’on considère maintenant comme potentiellement normal que le marché puisse être mal approvisionné.
Mais mal approvisionné en langage courant, cela signifie que la production, donc l’offre ne peut satisfaire la demande, et que nous retomberions dans le scénario du 2° semestre 2008 où le baril avait atteint 147,50 $.
Sauf que là, c’est beaucoup plus sérieux dans la mesure où la ligne du pic pétrolier(plafond historique de production) est par définition beaucoup plus proche (voir les épisodes précédents dans Genèse de la crise pétrolière)
Et le responsable de l’AIE d’ajouter: “Si l’hypothèse de croissance du PIB la plus faible se concrétise, cela aura pour effet de réduire la demande de façon spectaculaire et le marché serait alors très bien approvisionné tout au long de 2011″.
Nous sommes donc rassurés de savoir que le rapport d’octobre 2010 prévoit le scénario d’un PIB suffisamment bas, afin de pouvoir tranquilliser tout le monde, et surtout pouvoir en parler.
Il y a donc maintenant une subtile différence dont nous apprenons l’existence entre un marché plutôt bien approvisionné et très bien approvisionné.
C’est quand même extraordinaire que l’AIE évoque à mots couverts la possibilité d’un manque de production, en le présentant comme une chose allant de soi.
Cela rappelle la déclaration de Saddad Al Husseini, ex n°2 du pétrole saoudien qui évoquait en 2009 des problèmes de pénurie à l’aulne de deux à trois ans. Et sans savoir à l’époque que l’Arabie Saoudite déciderait d’arrêter toute exploration des nouveaux champs en juillet 2010.
Le poker menteur n’a peut-être pas encore commencé, mais il n’est pas loin, entre la désinformation et le métalangage, il va falloir lire entre les lignes.
Et vous, qu’en pensez-vous? N’hésitez pas à faire part de vos remarques en laissant un commentaire.
Sources
(1) “Energie, l’AIE revoit à la baisse ses prévisions pour 2011″ , Mohamed Mounjid, Le Soir (Quotidien Marocain), 14/10/2010

2 réponses à La question de l’offre et de la demande de pétrole