Enfin la confrontation qu’on attendait au sujet du peak oil ! D’un côté, Daniel Yergin chantre autoproclamé des lendemains qui chantent en matière de production pétrolière, roi de la désinformation et au service des industriels de l’or noir.
De l’autre, Jean Laherrère, pétrogéologue émerite, co-auteur visionnaire de l’article “La fin du pétrole bon marché” rédigé avec Colin Campbell, publié en 1998, et qui tire la sonnette d’alarme depuis plus de dix ans sur la menace que fait peser la finitude du pétrole bon marché.
C’est Matthieu Auzanneau, journaliste au journal Le Monde qui organise le débat. Le fait générateur étant l’article de Daniel Yergin dans le Wall Street Journal (VF google) qui une fois de plus a sévi dans la négation du phénomène de pic pétrolier, situation sur laquelle tout le monde est à peu près d’accord aujourd’hui (Voir “Une genèse de la crise pétrolière“).
L’article débute inévitablement par le rappel, historique s’il en est, du fait qu’à chaque fois qu’une crise dans l’approvisionnement énergétique était prédite au cours du XX° siècle, les Cassandre se sont invariablement trompés.
La planète qui a été prospectée de fond en comble pour trouver du pétrole
Soit, mais aujourd’hui la connaissance sur le sujet est étayée par des dizaines d’années de prospection et d’exploitation, la planète a été fouillée sous toutes les latitudes et dans tous les recoins, le maximum de découvertes remonte à 1965, sans qu’aucune nouvelle technique ait pu enrayer ce déclin. Voilà pour les faits.
Daniel Yergin, président du Cambridge Energy Research Associates (CERA) a donc beau jeu de noyer le poisson, de jeter de la poudre aux yeux aux pauvres béotiens que nous sommes, comme avec les mirages de “champs pétroliers numériques”qui viendraient nous sauver.
Cela ne résiste pas à l’expertise, à la réalité des chiffres, à l’expérience d’un pétrogéologue de terrain comme Jean Laherrère qui a fait toute sa carrière dans l’industrie pétrolière, et à qui on ne la fait pas.
La casquette d’expert de ce dernier n’est pas tant dû à son combat pour faire reconnaître la réalité du pic pétrolier, mais au fait qu’il a découvert le plus important gisement pétrolier d’Afrique pendant sa carrière.
Le pic pétrolier du seul pétrole brut (plafond historique de production) datant de 2006, qu’a même reconnu – très discrètement en page 7 du rapport (1) annuel de 2010 – l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), avec un déclin des principaux champs depuis 2009.
Déclin qui devrait être compensé par de nouvelles découvertes, et par la production de biocarburants et de pétrole lourd, mais sur lequel Jean Laherrère jette un regard plus que sceptique.
Les irréductibles qui contestent encore le peak oil
Tels quelques irréductibles dans un camp retranché gaulois, il y a de temps à autre quelques billets remettant en cause la réalité des faits. Comme Ian Cooper (VF google) dans WealthDaily (qui n’émarge pas nécessairement sur les feuilles de paye des pétroliers), ou “Oil Voice” dans “The Case against Peak Oil” qui est par contre ici un pur produit de l’influence pétrolière – ce qui est le cas la plupart du temps – il suffit d’aller dans le A propos du site.
Ou Kurt Brouwer (VF google) dans Market Watch qui rejoint les idées du maître es déni des problèmes à venir.
Mais la charge de la preuve a changé de camp, pour peu que l’on s’intéresse un peu au sujet, elle n’est plus chez ceux qu’on accusait d’être les tenants d’une “théorie du peak oil”.
(1) Pour accéder au résumé du rapport : http://www.iea.org/about/indexfr.asp
puis World Energy Outlook/2010/French
