Il est bien difficile de dire ce qui va se passer et surtout quand cela va se passer, concernant le pic pétrolier. Ce qu’on peut malgré tout faire c’est recouper les différents éléments à charge qui constituent un fort faisceau de présomptions. Et évoquer aussi les points mis en avant par les optimistes, généralement issus du secteur pétrolier.
Robert Hirsch, qui a été le premier expert mandaté officiellement par un gouvernement, les US en l’occurrence pour faire le point sur la notion de peak oil, avait déjà déclaré qu’il s’attendait à une baisse de la production entre 2009 et 2014.
Plus récemment Olivier Rech un ancien expert de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) interrogé par Mathieu Auzanneau/Oil Man envisage un déclin de la production à compter de 2015. Ce qui rejoint la date affichée par ASPO France depuis plusieurs années, et qui correspond à l’étude de Jean Laherrère des 20 000 puits en exploitation partout dans le monde.
L’armée Allemande, dans un rapport secret révélé par SpigielOnline en août 2010 voyait le pic pétrolier aux alentours de 2010.
Le premier gouvernement qui a publié un rapport officiel et transparent étant la Nouvelle-Zélande qui voyait les évènements arriver vers 2012.
C’est la même date qui avait été annoncée par Wikileaks dans l’affaire des câbles diplomatiques dévoilés et remontant à 2007.
Pour aujourd’hui, Ali Naimi le ministre saoudien du pétrole déclarait en octobre dernier qu’il n’y avait “aucune offre excédentaire sur les marchés mondiaux du pétrole” (VF google). La demande de brut devrait légèrement progresser selon l’AIE à 90,3 millions de barils/j en 2012 contre 89 en 2011.
Un déclin des principaux champs de pétrole de 5 % en moyenne
Mais il faut faire face à un déclin des principaux champs de 5 % par an depuis 2009. Toute la question étant de savoir pendant combien de temps les pétroles “artificiels” comme les biocarburants, les liquides issus de gaz naturel, ou les pétroles non conventionnels (Canada) pourront compenser cette baisse.
L’industrie pétrolière et l’AIE sont optimistes, mais les déclarations d’Olivier Rech tempère largement cet enthousiasme. Il n’empêche, on retrouve régulièrement dans la presse des propos plus ou moins tonitruants sur des lendemains sans soucis.
Les tours de passe-passe de la désinformation
Un article vu dans Mediapart est une bonne illustration des différents arguments mis en avant par l’industrie pour tranquilliser les marchés. Il faut dire aussi que les cours de bourse des sociétés étant calculés sur leurs réserves, ceci explique cela. De là à parler de désinformation, il n’y a qu’un pas que certains n’hésiteront pas à franchir.
Dans une première version de la publication de l’article il y avait une faute à peak oil écrit “peek oil” (cela veut dire que la rédactrice du billet à encore à parfaire ses connaissances sur le sujet…). Une faute demeure quand même au deuxième paragraphe “pick oil” cela confirme…
Toujours dans ce même paragraphe, “le potentiel des gaz et huile de schiste dépendra de la viabilité des techniques utilisées et de l’acceptation par la population”.
Le 3° paragraphe rappelle la communication numérique, le grand tour de passe-passe de la désinformation !
De deux choses l’une, soit il y a désinformation, soit il y en a pas. Mais s’il y a désinformation, c’est qu’il y a matière, et une bonne raison de désinformer, c’est en particulier afin que les pétroliers trouvent des financements. Car c’est la somme faramineuse de 28 000 milliards de dollars pour le modèle énergétique mondial qui sera nécessaire (27 000 milliards en 2010 dont 10 000 milliards pour le seul pétrole) Et on a bien enfumé le monde entier lors du premier choc pétrolier, qui selon l’enquête d’Eric Laurent n’a été qu’une duperie planétaire orchestrée pour faire augmenter les cours.
De plus, 100 milliards de dollars par an sont nécessaires ne serait-ce que pour maintenir la production de l’OPEP au niveau actuel (VF google).
Au 4° paragraphe : de grandes régions restent inexplorées, qu’est-ce que cela veut dire en terme de production à court-terme ? D’autant que le roi Abdallah a décidé d’arrêter l’exploration des nouveaux champs.
Toujours dans le même paragraphe “La prise en compte du brut conventionnel accroît les réserves mondiales de plus de 1000 de Gbls (à plus de 3000 Gbs)…comprendre 1 000 milliards de barils, ce qui correspond à un peu plus de 30 ans de la consommation mondiale. Mais cela on le sait depuis très longtemps, ce n’est donc pas une surprise. Ce qui compte, comme dit Jean Laherrère, ce n’est pas le volume des champs, c’est la taille du robinet. Chaque baril étant issu d’une laborieuse transformation.
Dans la deuxième partie de ce paragraphe, la réalité de la situation est enfin évoquée “compte tenu de la déplétion” (c’est à dire le déclin Ndr) naturelle des champs déjà exploités (les 800 plus grands champs, ceux qui comptent vraiment dans la production), 40 millions de barils/j de production supplémentaire devront être trouvés d’ici 2020.
Sinon, Christophe de Margerie évoque quand même le problème dans sa vérité, pour qui la vraie question est celle de l’offre et de la demande. Et de savoir jusqu’à quand la production pourra la satisfaire.
Rien de tel qu’une bonne flambée des cours, agrémenté d’une forte volatilité de ceux-ci en préalable au peak oil, pour mettre le monde à genoux et faire s’effondrer la demande !
L’article de Mediapart se termine par “Le peak oil remisé aux oubliettes au Congrès Mondial du Pétrole”, à voir… la partie de poker menteur a déjà commencé !
Les autres points de vue sur la situation pétrolière
Un article vu dans aspo-usa qui indique que l’Arabie Saoudite qui dispose à la fois des plus grandes réserves et de la capacité théorique quasi-immédiate a augmenté sa production en fonction de la demande exporte en fait de moins en moins du fait d’une demande intérieure de pétrole croissante. La source principale des informations provient d’une société saoudienne Investissements Jadwa.
Toujours dans ASPO-USA repris par Energy Bulletin, Tom Whipple fait un point exhaustif de la situation.
Et enfin, le Centre for Global Energy Studies (CGES) donne trois scénarios de prix pour 2012, comme cela on est sûr de ne pas se tromper ! (VF google). Le CGES a été fondé en 1990 par Ahmed Zaki Yamani, un ancien ministre du pétrole Saoudien.
Philippe Aubert


