Jacques Secondi dans un article très intéressant (1) paru dans le nouvel Economiste.fr parle du choc rampant qui serait le visage du pic pétrolier en devenir. Ce sera le troisième du nom et le plus terrible évidemment, après les deux précédents de 1973 et 79. Certains évoquent la brusque flambée de 2008 comme celle du troisième choc, mais ce n’était essentiellement qu’une brutale progression qui n’aura duré que quelques mois, et même si elle aura surpris tout le monde à la montée, et pour la brusque descente qui aura suivi lorsque le baril s’est retrouvé à 37 dollars à la fin de l’année.
La réalité et la violence du pic pétrolier remettra à sa juste place le phénomène de 2008, celui d’une plaisanterie par rapport à ce qui va se passer.
Si le terme de pic pétrolier ou peak oil est rentré dans les mœurs et maintenant accepté par tous – sauf pour quelques irréductibles, il s’agit d’un pic à l’échelle géologique. Jean Laherrère l’avait illustré sous la forme d’un plateau en forme de tôle ondulée (2) allant de 2003 à 2027 et passant par un sommet de production en 2015 à près de 91 millions de barils/jour, avec une décrue irréversible ensuite. Il s’agit d’une thèse que défend son auteur, mais sans qu’il fasse pour autant aucun pronostic sur le mode de régulation entre offre et demande.
Les paramètres sont évidemment trop nombreux entre la volonté politique de l’OPEP, les capacités réelles de production, les quantités qui seront produites concernant les pétroles « artificiels » que sont les pétroles extra-lourds (Canada et Venezuela), les biocarburants et autres condensats ou liquides issus de gaz naturel, la volonté des pays producteurs de réserver le précieux liquide pour le marché intérieur, ou simplement de réduire la production à l’heure où le baril sera plus cher, etc..
Le choc rampant du pic pétrolier et les réponses par trop conjoncturelles
A l’heure où les campagnes électorales battent le plein, en France et aux Etats-Unis avec un scrutin plus tardif en novembre, les réponses à ce problème de transition énergétique, sont conjoncturelles comme souhaitaient d’un côté à l’autre de l’Atlantique les gouvernements de puiser dans les réserves stratégiques afin de faire baisser les cours. Choix par ailleurs non validé par l’Agence Internationale de l’Energie (AIE).
L’idée d’agir sur la TIPP en France est une autre solution à effet pervers comme le souligne Jacques Secondi dans son article qui agira comme la muleta sur le taureau. Le baril aura en effet beau jeu de flamber si les gouvernements des pays consommateurs agissent sur les taxes pour faire baisser les prix.
Le premier effet de levier d’une vraie réponse étant évidemment comme toujours la sobriété énergétique comme le propose le rapport négaWatt, mais qui présente l’inconvénient majeur d’être peu audible en période de campagne électorale. L’heure est aux belles promesses, à la perspective d’être rasé gratis demain, et surtout pas de réduire ses besoins, on aura vite fait de cacher sous le tapis d’aussi sombres idées.
Agir mais surtout… le plus tard possible
Rick Munroe un analyste en sécurité énergétique, collaborateur régulier de Energy Bulletin, a écrit un article décapant à propos du US Army Combined and General Staff College (USACGSC) qui a publié une excellente étude. Celle d’un officier des forces armées suisses, le lieutenant-colonel Eggen.
Dans le deuxième alinéa du résumé du rapport, Pascal Eggen prévoit que « Les grandes puissances vont attendre le dernier moment pour lancer des mesures d’atténuation contre l’épuisement du pétrole. En effet une transition trop précoce vers de nouvelles sources d’énergie constituerait un risque significatif de modifier leur position géopolitique actuelle ».
En effet l’auteur voit d’abord dans le phénomène du pic pétrolier, un « alignement des acteurs géopolitiques mineurs avec les grandes puissances, afin de s’assurer d’un minimum de pertes d’approvisionnement en pétrole ».
Et il ajoute même « Poussé par le consumérisme, aucun pays ne prendra le risque… jusqu’à ce que la pénurie devienne insupportable. Les intérêts nationaux vont prévaloir sur l’intérêt commun à l’échelle du monde. Il y a des combats économiques des pays entre eux, afin de ne pas perdre le pouvoir, plutôt de se grouper ensemble afin de s’organiser face à la pénurie » (3).
Pour lui, le timing est essentiel dans ce jeu où celui qui parlera le premier aura perdu.
L’ombre du pic pétrolier et la volatilité des cours
L’ombre naissante du pic pétrolier, cette progression du plateau en forme de tôle ondulée, se traduira vraisemblablement dans les faits par une volatilité insoupçonnée des cours, en fonction des difficultés ou des aléas de la production, de la réponse des marchés et des réponses désordonnées des gouvernements pour gérer un problème auquel ils ne sont pas préparés.
Pour cet autre expert en sécurité énergétique (VF google) et réchauffement climatique, Michael A. Levi en dehors de l’envolée des prix qui provoquent les récessions c’est surtout la volatilité des cours qui entraîne des difficultés économiques considérables.
Et ce seront évidemment les classes moyennes déjà souvent sur le fil du rasoir en terme de pouvoir d’achat, de coût croissant des dépenses d’énergie pour se déplacer (4) et qui seront les premières touchées par ce jeu de poker menteur.
Pour les personnes en situation de précarité énergétique, déjà au bout de la chaîne sociale, se sera encore pire, dans la mesure où ils n’ont déjà plus aucune marge de manœuvre. Ils sont selon les sources officielles 3,4 millions en France, mais plus de 6 millions pour ceux qui n’ont déjà pas les moyens de se chauffer correctement. La fondation Abbé Pierre avancait le chiffre de 8 millions fin 2011.
En Europe, ce serait 125 millions de personnes qui seraient concernées, il va sans dire que ce chiffre va augmenter pour les années à venir.
Philippe Aubert
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(1) Jacques Secondi, « Le quatrième choc pétrolier », Le nouvel Economiste.fr, 13/4/2012
(2) Jean-Luc Wingert, « La vie après le pétrole », Ed. Autrement, p 118
(3) p 68 du rapport
(4) Voir le livre de Eric Le Breton « Domicile-Travail/ Les salariés à bout de souffle », Ed. Les Carnets de l’Info


Bonjour,
Merci d’en parler ! Nous nous sentons moins seuls, même si nous sommes déjà nombreux à avoir signé l’appel lancé ici: http://tribune-pic-petrolier.org
Nous sommes des citoyens engagés dans un esprit non-partisan (ni de droite, ni de gauche) et exigeons que le problème du pic pétrolier soit pris en compte à sa juste valeur dans le débat politique pour les élections.
Signez pour montrer notre nombre, et diffusez à vos réseaux !
Au secours ! Ils sont fous et nous sommes raisonnables !
Un super commentaire comme on les aime !