La baisse du prix du baril VS pic pétrolier : explications

La hausse du pétrole a disparu des écrans radar, et avec lui ceux que les mauvaises langues pourraient appeler “les afficionados du pic pétrolier“. Le brent est à 96, 32 dollars, le WTI (brut coté à New-York) 84, 03 dollars…. et pourtant. Les fondamentaux de la mort annoncée du pétrole bon marché demeurent. On recule aujourd’hui pour mieux sauter demain. Dans les colonnes du journal Le Monde (1) Pierre-René Bauquis pense que les nouvelles découvertes et le gaz de schiste retarderont à peine le pic pétrolier”.

planète pétrole

Les nouvelles découvertes retarderont à peine le pic pétrolier

Cet ancien géologue pétrolier nous invite à regarder ce que nous appris l’année 2011. A l’instar de 2009 et 2010, celle-ci a été rythmée par l’annonce d’excellents résultats dans le domaine de l’exploration, en particulier dans les offshores profonds et ultra-profonds.

Les plus grosses découvertes ont été faites au Brésil, mais aussi dans le golfe du Mexique, au large de l’Afrique occidentale et même en Guyane française. L’exploration à terre a aussi donné lieu à quelques résultats spectaculaires avec la confirmation du potentiel de certains bassins africains internes comme en Ouganda ou au nord du Kenya.

L’ensemble de ces découvertes pour 2011 peut être estimé à 15 milliards de barils, c’est-à-dire du même ordre de grandeur que les deux années précédentes : 13 en 2009 et 19 en 2010.Ces chiffres sont à comparer à la consommation mondiale annuelle, qui est d’environ 30 milliards de barils, soit… le double de ce que nous découvrons.

En conclure que le problème du pic mondial n’existe plus du fait de ces nouveaux pétroles , c’est franchir un pas irréaliste. Si on trouve dix ou vingt cas analogues au Dakota du Nord sur la planète, cela ne rehaussera le pic que d’environ 5 mb/j et n’en reculera la date que de quatre à cinq ans.

L’ASPO confirme le pic pétrolier

Dans un contexte de décrue depuis 2006 du seul pétrole brut (environ 80 % de la production totale), la dernière conférence de l’ASPO a donné lieu à une confirmation toute attendue de ce que nous pressentons concernant le déclin du pétrole tous liquides confondus. Les cent plus grands champs pétroliers, qui fournissent 45 % du brut de la planète, donnent déjà des signes de faiblesse, avec une taille moyenne des puits en diminution.

Robert Hirsch, ancien directeur de production pétrolière chez Exxon, auteur d’un fameux rapport en 2005 sur le peak oil, voit l’évènement se produire autour de 2013-2015, avec une décrue de 5 à 7 % par an, dont les effets sur l’économie mondiale seront immédiatement sensibles.

La réalité de la baisse à court-terme

Mais ce qui intéressent les gens, c’est le prix de l’essence pour remplir le réservoir de sa voiture ou de son camion. Et là, la réalité est de meilleure augure. Déjà dans la liste des pays les plus impactés par la hausse des prix de l’essence au cours du premier trimestre, la France ne se place qu’en 11° position, loin derrière des pays comme la Norvège en tête de peloton avec 9,69 dollars le gallon (3, 785 litres), suivie du Danemark, de l’Italie ou des Pays-Bas.

Et les bonnes fées de la baisse des cours unissent leurs efforts pour faire baisser la pression : baisse de la demande à cause de la crise de la zone euro, tendances récessionnistes en Europe, ou encore apaisement des tensions avec l’Iran.

Pour Peter Voser, le directeur général de Shell, les cours du pétrole devraient encore baisser au second semestre 2012 car il déclarait récemment en marge d’une conférence mondiale sur le gaz, organisée à Kuala Lumpur, “…une partie des éléments géopolitiques qui avaient été la cause de la volatilité des prix au cours des derniers mois est moins opérante, ce qui fait que nous avons un repli des cours, qui devrait se poursuivre au long du second semestre.”

Dans la série des petites tractations entre amis, entre amis pétroliers bien sûr, l’Iran accusait même l’Arabie Saoudite, en augmentant sa production de 250 000 barils/jour de déstabiliser le marché en entraînant une baisse des prix. Ce qui est l’opposé des objectifs de l’Opep. Pourquoi vendre le même produit moins cher ?

Les irréductibles de la poursuite ad vitam eternam de la production pétrolière

Le site contrepoints.org publie un article de reason.com qui fait état des nouvelles découvertes qui seraient comme l’eldorado de lendemains prometteurs. Mais sans analyser véritablement le fond du dossier, ce sont des éléments qui sont plutôt là pour nous rassurer. Bien sûr il y a des réserves colossales dans le cercle polaire Arctique, mais en dehors des risques environnementaux non évalués, nous n’en sommes qu’au tout début d’une timide exploration (puisse t-elle rester longtemps à ce stade Ndr), et la classique production qui ne se fera pas avant dix ans au moins, sera rendue infiniment plus complexe que des champs classiques en raison des évidentes conditions climatiques extrêmes. Encore une fois, ce n’est pas un tel exemple qui changera la date du pic pétrolier.

Le cas des réserves historiques découvertes au large du Brésil est également cité. Mais c’est de l’offshore très profond, situé à plusieurs milliers de mètres sous la surface, avec une importante couche de sel à traverser en plus. Le total des découvertes serait de 30 milliards de barils ou plus. Mais ce n’est jamais qu’une année de la production mondiale. Et c’est “la plus importante découverte de ces trente dernières années”. Il va se passer une dizaine d’années avant qu’on ne puisse véritablement parler de production, ce qui nous amène au-delà de 2020 bien après que le peak oil ait commencé, s’il se situe dans une zone autour de 2015 comme pressenti par Robert Hirsch.

Comme toujours, les lois de l’économie sont mises en avant et seraient supérieures à celles de la physique. Mais il y a une méconnaissance profonde du domaine particulier du pétrole, qui en tant que matière première n’est pas à considérer au même titre que les minerais par exemple. Comme le rappelle Bernard Durand dans son livre intitulé La crise pétrolière (2), en ce qui concerne notamment le taux de récupération :”C’est la géologie du gisement qui gouverne pour l’essentiel le taux de récupération final et l’homme ne peut rien changer à cette géologie. Et l’augmentation du taux de récupération, s’il permet sur le moment une augmentation de la production,  n’augmente pas toujours les réserves. Il se traduit bien souvent par un déclin plus rapide de la production un peu plus tard. Ces faits sont mal compris des non-spécialistes, et en particulier des économistes, dont beaucoup semblent penser qu’il suffira d’y mettre le prix pour faire croître régulièrement chaque année le taux de récupération, par analogie avec ce qui se passe pour les gisements métalliques…l’augmentation des prix, au-delà d’un certain seuil qui a été largement dépassé, a beaucoup moins d’influence sur l’augmentation des réserves d’un gisement de pétrole”.

Philippe Aubert

(1) Pierre-René Bauquis, “Nouvelles découvertes et gaz de schiste retarderont à peine le pic pétrolier”, Le Monde, 9/5/2012 (consultation de l’article réservé aux abonnés).

(2) Bernard Durand, “La crise pétrolière”, Ed. EDP sciences, 2009, p 31

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