Scénarios

Avant d’évoquer les scénarios possibles, il faut d’abord penser à délimiter une zone géographique, car il y a toutes les raisons de penser que le choc sera éminemment hétérogène.

La situation ne sera pas la même pour un pays comme le Danemark qui combine déjà deux avantages : être à la fois le premier à entreprendre une transition de son modèle énergétique après le premier choc pétrolier de 1973, et en même temps avoir aujourd’hui un ratio d’endettement inférieur à 40 % de son PIB. Et les pays pauvres où un baril à 150 $ est déjà une catastrophe.

Il faut aussi tenir compte : du sens civique de la population qui est un facteur extrêmement important, de la capacité et de la volonté d’adaptation (ce qui n’est pas la même chose), des moyens financiers du pays, de ce qui est déjà mis en place, du degré d’addiction au pétrole, du type d’urbanisation (distances), du degré de dépendance d’autres pays qui seront par ailleurs diversement touchés, etc.

A la menace du pic pétrolier annoncée depuis déjà une dizaine d’années par l’ASPO s’ajoute a ce qu’on à découvert récemment : l’endettement des états et la fragilité du système bancaire.

A commencer par le groupe des fameux PIGS (Portugal, Irlande, Grèce, Espagne), qui prendra de plein fouet la crise énergétique, et qui n’aura pas le temps de remettre ses finances en ordre.

Les scénarios

1 Contraction de l’offre et de la demande de pétrole

C’est ce qui est exactement en train de se produire sous nos yeux. Les marchés finiront par se rendre compte du problème et paniqueront, comme ce qui s’est passé au second semestre 2008, pendant la hausse incontrôlée du baril. Les prix commenceront par monter et puis s’envoleront. Evidemment, cela détruira la demande mais sans quasiment rien changer au phénomène, parce que ce sera trop tard.

2 Négociation de gré à gré

Les prix ne sont plus soumis à cotation, mais négociés entres pays exportateurs et importateurs, comme avant les années 80, quand les capacités de production n’étaient pas soumises aux quotas des réserves.

Ce qui serait intéressant de savoir, c’est quel est le moyen de pression suffisamment fort qu’auront les pays consommateurs.

3 Les guerres du pétrole

C’est un cas de figure souvent convenu et suffisamment documenté (1). Il n’est qu’à voir les efforts des Etats-Unis et de la Chine pour sécuriser leurs routes d’approvisionnement, la concentration des réserves dans un petit nombre de pays de surcroît peu démocratiques (Arabie Saoudite, Irak, Iran), l’aspect vital que revêt le pétrole (voir “face cachée du pétrole”) et s’apercevoir que des guerres ont été faites pour moins que cela.

4 La gestion nationalisée des ressources

Les pays producteurs peuvent être tentés de réduire leur production, voyant qu’avec un baril au prix par exemple multiplié par deux, ils peuvent se permettre de produire deux fois moins, et pour certains, d’avoir la perspective réjouissante d’asphyxier les pays de l’OCDE.

Le souverain d’Arabie Saoudite (pays disposant des réserves les plus importantes), le roi Abdallah a d’ailleurs récemment décidé d’arrêter toute exploitation des champs futurs (le potentiel de production supplémentaire). Vladimir Poutine a également annoncé une intention similaire.

5 L’avis de transition-energie.com

Sans être des experts techniques de la question, on peut aussi envisager une grande volatilité (variation) des cours et non une simple montée linéaire, avant que le baril atteigne un prix durablement élevé.

En effet, il est désormais de plus en plus admis, que le passage du pic pétrolier (plafond historique de production) ressemblera plutôt au profil en forme de tôle ondulée suggéré par Jean Laherrère. On peut donc s’attendre à ce que les marchés amplifient chaque moment de difficulté de production par une hausse incontrôlée des cours. Pour ensuite assister à une redescente si la tension de l’offre et de la demande retombe.

Le tout dans un climat de désinformation entretenu par ceux qui ont intérêt à ce que les choses continuent comme avant, ce ne sera donc pas simple. Dans les années 30 on disait déjà : « le pétrole c’est 10 % d’économie et 90 % de politique ».

La partie de poker menteur que représente le jeu pétrolier ne fera que se poursuivre.

A ceci près que l’Etat d’endettement des pays et la fragilité du système bancaire précités conduiront à une réaction en chaîne, que la récente crise financière de 2008 annonçait pour qui pouvait lire entre les lignes.

Et sans pour autant savoir, et bien malin qui le pourra, qui ouvrira le bal.

Il est clair que tous les scénarios ou un certain nombre d’entre eux peuvent bien s’entremêler.

Et alors que les chocs précédents de 1973 et 1979 n’avaient que des origines politiques, la grande première du 3° choc pétrolier est qu’il sera d’ordre physique, et ce sera autrement plus sérieux.

Lors des précédents chocs, on a juste joué à se faire peur.

Le monde de demain sera donc différent, un monde hybride, fait des hautes technologies que nous avons créées et de retour à la nature avec des zones de vie beaucoup plus réduites dans la mesure où la mobilité sera plus restreinte.

Un terrorisme qui se nourrira de la déconfiture de l’Occident et qui y verra une formidable condamnation de notre mode de vie. Qui attaquera d’autant plus la bête qu’elle est affaiblie, et que notre modèle économique vacille.

Le problème étant que les pays producteurs feront pendant ce temps des profits considérables, et pourront sans mal financer, pour un certain nombre de réseaux occultes, toutes sortes d’actions de déstabilisation.

6 Les communautés de transition

Comme vous avez eu droit à toutes sortes de scénarios peu réjouissants, terminons par l’idéal, celui incarné par l’émergence de réseaux communautaires dédiés, dont un existe déjà : le Réseau de la Transition.

Les économies d’énergie

Ce n’est pas un scénario dans la mesure où les pays devront mettre en place de manière quasi obligatoire des programmes de restriction d’accès aux hydrocarbures, à commencer par l’essence.

En conclusion

Tous les scénarios sont possibles, nous n’en n’avons exclu aucun, et tous peuvent s’additionner, avec la menace qui accompagne le maintien des régimes démocratiques.

Garder la démocratie pour les pays qui connaissent ce luxe, éviter la guerre civile tout en maintenant le cap de l’architecture énergétique à réinventer dans un contexte de choc mondial, si on y arrive pour 2040, ce ne sera déjà pas si mal.

(1) Exemple : François Lafargue La guerre mondiale du pétrole 2008 Ed. Ellipses

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